LA POURSUITE D'UN CONSTAT.

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07 Dec 2007 à 15:50 LA POURSUITE D'UN CONSTAT.

Balthazar

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"Je vous croirez Burrhus, lorsque dans les alarmes
Il faudra soutenir la gloire de vos armes,
Ou lorsque plus tranquille, assis dans le Sénat,
Il faudra décider du rôle de l'État."

Jean Racine, Britannicus (1669).


Sur le point de croiser l'amertume et le désenchantement d'un électorat populaire qui crut, un instant, la hâblerie sarkozyenne, je réactualise ce texte composé lors de l'intronisation de Chirac dans ses fonctions de chef d'Etat. L'établissement d'une telle parallèle entre l'Ex et le nouveau Président reste fort logique. La déception est aussi vive. Je ne saurais, par ailleurs, ne manifester la moindre sympathie pour un primate (allez-y, hurlez, les offusqués) qui, il y a quelques mois à peine disait devant un parterre d'ouvriers pressentis pour la circonstance : "Je vous le dis droit dans les yeux, les salaires sont trop bas, ce n'est pas normal". Diantre ! le drôle aurait-il oublié le rôle de son propre frère à la vice-présidence du Medef ?
On connaît la suite. L'art du prosélytisme dans tout son aura. Cela a fonctionné n'est-ce pas ?

Au-delà des partisans et des opposants, au-delà même d'une conjoncture férocement entretenue par les lois du marché unique, et dont on pourrait croire que les dénonciations effarouchées du nouveau gouvernement l'absoudraient, je retire ipso facto toute ma confiance à la bande à Fillon. Sans doute applique-je le principe de précaution qui échoit à toute entité pensante.
D'autre part, je le répète (comme disait Coluche, il faut prendre des notes), si le pouvoir procède au présidentialisme comme il semble le laisser entrevoir, je suggère de faire l'économie du responsable matignonnesque et de tout son décorum somptuaire. Cette mesure permettrait, quelque peu, de concourir, par exemple, au déficit vertigineux du trou de la Sécu.

Il est parfaitement inutile de me signifier que la forme choisie ne s’inscrirait (?) pas dans le forum réservé à la politique. C’est pourtant de cela dont il s’agit. Aussi, j’accepte toutes les critiques de fond. Pour la forme…
Voici ce que m'inspirait, d'antan le monarque élyséen.


LE PRÉVENU.

Pour avoir un jour de grande désobéissance
Enfreint tout devoir dévolu à la caste des nantis,
Je reste accusé du déni de basse allégeance
Envers les structures dogmatiques en sursis.
Crime de lèse-majesté, sédition ou simple provocation,
Telle sera la sentence d'une justice corrompue
D'obscures imbrications et remplie de génuflexions.
Puis, afin que se dégagent de nobles vertus,
Il appartiendra qu'un châtiment exemplaire sanctionne
Ces bas méfaits contre l'ordre établi si pervers.
C'est ainsi que s'engagent des procédures qui bâillonnent
Tous les ultras, les anars, les réfractaires,
Au nom d'une démocratie où végètent tant d'exclus
Et où les nantis s'enrichissent et font bombance.
Les chefs changent, la politique demeure ferme et résolue,
Ecrasant les faibles d'une implacable déchéance.
Ne pas dénoncer ces crimes contre des êtres,
Taire et supporter le système despotique
Accrédite la thèse que rien ne doit satisfaire
Les besogneux, les purotins, les parias économiques.
Aussi, par une sage décision, je renie le pouvoir
Contre lequel, sans complaisance, ni tergiversation,
Je tente d'y dénoncer les filiations des roublards
Et des technocrates de toutes viles corruptions.
A cela, le jeu médiatisé des affaires opposant la probité
Manquante des serviteurs de l'État, dont l'ampleur
Ne cesse de croître, corrobore le sens de l'iniquité
Et du profit dans le microcosme des leaders.
Comment un individu sensé être libre et responsable,
Mais se trouvant piétiné au fond d'une triste vie,
Ne pourrait-il exprimer son refus des clivages intolérables
Organisés au sein d'une société qui privilégie
L'élitisme, tandis que perdure un moyenâgeux servage ?
Comment comprendre que la Cour des Comptes,
Dans ses rapports, tend à démonter, tel un adage,
Que le poids du SMIC grève le salariat et raconte,
Offusquée, que le les revendications fleurissant à chaque automne
Ne soient pas acceptables ? Que telles catégories se suffisent
D'expédients, de salaires insultants que le pouvoir rançonne
Aussitôt de TVA, CGS, avec légèreté et convoitise.
Je crie non ! Halte aux tyrannies de tutelles,
Stop à l'autocratie et son cortège de courtisaneries.
Assez de ce manège faisant la part belle
Uniquement aux omnipotents, à leurs hérauts conquis.
Je nie l'autosuffisance des candidats responsables,
J'exprime mon apostasie face à l'intolérance
De ces bandits, escrocs, ces loups exécrables
Menant les foules à la déréliction et la délinquance.


La sentence se fit aussi sévère qu'elle le put,
Entraînant dans son sillage l'absolue décision
De se débarrasser de ce méprisant déçu
Des accommodements structurels de l'actuelle civilisation.
Pourtant l'avenir frappera ces bourreaux au cœur,
Expiant leurs crimes contre la classe des exploités,
Bientôt la terre sera aseptisée de l'inhumaine erreur
Que représente ici-bas la présence de tous les *** s.

B. octobre 1995.


Tandis que le dernier quatrain se révèle hélas erroné, 12 ans plus tard, bis repetita, à la puissance sarkozyenne pour les affaires intérieures, et à la puissance x pour la mondialisation et sa charrette de dérèglementations et de réajustements par le bas.


Balthazar.
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08 Dec 2007 à 18:44 Re: LA POURSUITE D'UN CONSTAT.

Reyvolt

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bonjour Mr Balthazar,

Vous avez raison c'est marrant comme de vieux textes redeviennent d'actualité!!
En voici un qui meme si certains couplets son obsoletes, d'autre qui l'etaient retrouve toute leurs veracité sous le regne de Pipole 1er

Renaud
Hexagone

Paroles et Musique: Renaud Séchan 1980 "Renaud à Bobino"





Ils s'embrassent au mois de Janvier,
car une nouvelle année commence,
mais depuis des éternités
l'a pas tell'ment changé la France.
Passent les jours et les semaines,
y a qu'le décor qui évolue,
la mentalité est la même :
tous des tocards, tous des faux culs.

Ils sont pas lourds, en février,
à se souvenir de Charonne,
des matraqueurs assermentés
qui fignolèrent leur besogne,
la France est un pays de flics,
à tous les coins d'rue y'en a 100,
pour faire règner l'ordre public
ils assassinent impunément.

Quand on exécute au mois d'mars,
de l'autr' côté des Pyrénées,
un arnachiste du Pays basque,
pour lui apprendre à s'révolter,
ils crient, ils pleurent et ils s'indignent
de cette immonde mise à mort,
mais ils oublient qu'la guillotine
chez nous aussi ça plais encore.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment,
et le roi des cons, sur son trône,
j'parierai pas qu'il est all'mand.

On leur a dit, au mois d'avril,
à la télé, dans les journaux,
de pas se découvrir d'un fil,
que l'printemps c'était pour bientôt,
les vieux principes du seizième siècle,
et les vieilles traditions débiles,
ils les appliquent tous à la lettre,
y m'font pitié ces imbéciles.

Ils se souviennent, au mois de mai,
d'un sang qui coula rouge et noir,
d'une révolution manquée
qui faillit renverser l'Histoire,
j'me souviens surtout d'ces moutons,
effrayés par la Liberté,
s'en allant voter par millions
pour l'ordre et la sécurité.

Ils commémorent au mois de juin
un débarquement d'Normandie,
ils pensent au brave soldat ricain
qu'est v'nu se faire tuer loin d'chez lui,
ils oublient qu'à l'abri des bombes,
les Francais criaient "Vive Pétain",
qu'ils étaient bien planqués à Londres,
qu'y avait pas beaucoup d'Jean Moulin.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est pas la gloire, en vérité,
et le roi des cons, sur son trône,
me dites pas qu'il est portugais.

Ils font la fête au mois d'juillet,
en souv'nir d'une révolution,
qui n'a jamais éliminé
la misère et l'exploitation,
ils s'abreuvent de bals populaires,
d'feux d'artifice et de flonflons,
ils pensent oublier dans la bière
qu'ils sont gourvernés comme des pions.

Au mois d'août c'est la liberté,
après une longue année d'usine,
ils crient : "Vive les congés payés",
ils oublient un peu la machine,
en Espagne, en Grèce ou en France,
ils vont polluer toutes les plages,
et par leur unique présence,
abîmer tous les paysages.

Lorsqu'en septembre on assassine,
un peuple et une liberté,
au cœur de l'Amérique latine,
ils sont pas nombreux à gueuler,
un ambassadeur se ramène,
bras ouverts il est accueilli,
le fascisme c'est la gangrène
à Santiago comme à Paris.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est vraiment pas une sinécure,
et le roi des cons, sur son trône,
il est français, ça j'en suis sûr.

Finies les vendanges en octobre,
le raisin fermente en tonneaux,
ils sont très fiers de leurs vignobles,
leurs "Côtes-du-Rhône" et leurs "Bordeaux",
ils exportent le sang de la terre
un peu partout à l'étranger,
leur pinard et leur camenbert
c'est leur seule gloire à ces tarrés.

En Novembre, au salon d'l'auto,
ils vont admirer par milliers
l'dernier modèle de chez Peugeot,
qu'ils pourront jamais se payer,
la bagnole, la télé, l'tiercé,
c'est l'opium du peuple de France,
lui supprimer c'est le tuer,
c'est une drogue à accoutumance.

En décembre c'est l'apothéose,
la grande bouffe et les p'tits cadeaux,
ils sont toujours aussi moroses,
mais y a d'la joie dans les ghettos,
la Terre peut s'arrêter d'tourner,
ils rat'ront pas leur réveillon;
moi j'voudrais tous les voir crever,
étouffés de dinde aux marrons.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
on peut pas dire qu'ca soit bandant
si l'roi des cons perdait son trône,
y aurait 50 millions de prétendants.

Bonsoir chez vous cher Balthazar.
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08 Dec 2007 à 20:50 Re: LA POURSUITE D'UN CONSTAT.

Balthazar

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Bonsoir, Reyvolt,

Tout d'abord je vous remercie de l'intérêt que vous éprouvez à mon post initial.

Je vous avoue ne pas ressentir un enthousiasme délirant pour la variété (hormis quelques Ferré, Brel...), et encore moins pour les soi-disant artistes de la pollution phonique et de la gesticulation pubienne. Excusez-moi, cela m'a échappé.
Il n'empêche que le texte de Renaud vaut son pesant d'or, de vérité. Cette chanson implique des truismes tellement évidents, que seuls des esprits sans esprits ne sauraient le reconnaître. De tels messages chantés, il en existe beaucoup.

En effet, il y a quelques années, je noircissais des pages entières de satires politico-sociales en rimes. Par goût de l'aventure littéraire sans doute, je m'escrimais sur les faits de sociétés de l'époque mitterrando-chiraquienne.

Hélas, on prend pas les mêmes, mais on recommence. C'est la continuité forcée, incontournable, irrémédiable, opportune pour les élites. Le monde demeure une minorité de nantis pérorant sur la majorités des nécessiteux.

Ne trouvez-vous pas curieux notre incapacité à se soustraire de nos complaisant asservissements ? Comment pourrais-je accréditer un seul instant la société ainsi structurée, inique dans ses fondamentaux, injuste dans sa quintessence, insultante par sa domination verticaliste (idiolecte personnel)? C'est pas cela la démocratie. Mais ne rêvons pas, aucune faisabilité politico-économique ne reste inscrite dans un proche futur.

Aussi restons-en là. Dans cette mélasse républicaine qui n'a rien d'autre que l'artificialité de sa grotesque trilogie liberté-égalité-fraternité.
Certains rétorqueront que c'est pire ailleurs. Le genre de propos qui légitiment les crimes commis au nom des intérêts de quelques-uns sur l'océan tourbeux de la populace soumise.
Je ne saurais conclure sans évoquer le fameux apophtegme de notre ami Juvénal "Panem et circenses".
C'est malheureusement vrai, la masse besogneuse s'enlise dans son éternel obéissance et sa course éperdue au royaume de l'illusion.
Bien à vous.

Balthazar.






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